Wu Xia

Shaw devant !

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Peter Ho-Sun Chan rend un hommage délirant au kung-fu de la grande époque hongkongaise. Surtout connu pour son activité principale de producteur, sur Missing et Bodyguards and Assassins, le hongkongais originaire de Thaïlande est aussi un réalisateur inattendu. Il nous a en effet aussi offert une brillante comédie musicale, Perhaps Love, et le film de genre, Les Seigneurs de la guerre. Son dernier film, intitulé Wu Xia, a d’ailleurs été sélectionné au Festival de Cannes 2011, en séance de minuit mais hors compétition. À l’affiche de ce long-métrage, deux grandes stars asiatiques : Donnie Yen, icône d’Ip Man, également coordinateur des cascades sur le film et Takeshi Kaneshiro rendu mondialement célèbre via le jeu vidéo Onimusha remarqué et lancé par Wong Kar Waï.

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En titrant son film Wu Xia, Peter Ho-Sun Chan rend un hommage à toute l’histoire de ce genre littéraire et cinématographique. Il ne laisse aucune équivoque sur son film et place celui-ci sous le signe : aventures, arts martiaux et Chine ancienne ! Derrière le divertissement évident et très premier degré, on voit clairement le regard novateur du réalisateur sur ce genre populaire en y greffant des effets spéciaux numériques par exemple. Puis peu à peu, le récit dépasse le cadre de l’enquête classique, empruntant au western ses procédés narratifs.

Jimmy-Wang

Peter Ho-Sun Chan convoque les grandes heures de la Shaw Brothers – période des années 60 à 80 – tout en lui offrant un véritable lifting. Prenant ses distances avec le genre, Peter Ho-Sun Chan s’amuse à construire et déconstruire une enquête policière dans des décors de la campagne chinoise. Une rencontre improbable ente les romans du juge Ti, le Sherlock Holmes sous adrénaline de Guy Ritchie et A History of Violence de David Cronenberg à la sauce thaï hot,petit piment redoutable pour les papilles. Le résultat crée un patchwork complètement improbable et rempli de moments de folie comme seul Hong Kong reste capable d’en produire. Un divertissement inattendu de cinéma spectaculaire, descriptif et précis à la fois bénéficiant de la maîtrise d’un grand chef sachant doser son thaï hot !

Takeshi

La première partie du film suit le même canevas narratif que A History of Violence : un artisan paisible Liu Jinxi, père de famille, est rattrapé par son passé. Il tue deux criminels apparemment en état de légitime défense. Il devient le héros du village mais le détective, lui, ne croit pas à cette thèse et va tout faire pour démontrer que l’auteur de ces crimes ne peut être qu’un maître en art martiaux. Le passé trouble de Liu Jinxi remonte alors à la surface. Ce père de famille exemplaire fut jadis un homme cruel, membre d’une bande de brigands qui recherche actuellement. Contrairement au film de Cronenberg, Peter Ho-Sun Chan met complètement de côté l’aspect peinture psychanalytique d’un pays tout entier ne conservant que la structure narrative scindée en deux parties.

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Les personnages de Wu Xia, au moins les principaux, bénéficient d’une écriture qui les empêche d’être de simples instruments soumis à l’action et à ses effets visuels. Une profondeur se dégage de chacun d’entre eux, faisant d’eux une représentation du yin et du yang. Ils ont tous leur part d’ombre et de lumière sous forme d’obsessions et de rédemptions. Dans ce duel, presque westernien entre l’enquêteur et l’artisan, une troisième figure surgit du passé… Et cette figure, c’est tout un symbole car elle est incarnée à l’écran par Jimmy Wang Yu, l’acteur le plus mythique du film d’arts martiaux chinois, qui a été dirigé par tous les plus grands talents passés par la Shaw Brothers, et qu’on n’avait plus vu au cinéma depuis 15 ans. Et Jimmy Wang Yu incarne le père, figure sombre du mal presque absolu, de l’artisan. Le voir en père de Donnie Yen crée une mise en abîme et leur affrontement très œdipien n’en est que plus impressionnant, au-delà de compétences martiales parfaitement chorégraphiées et filmées avec un rythme original. Cette mise en abyme du « cinéma incarné » hante tout le film aboutissant à une citation très explicite « D’un seul bras les tua tous », titre de l’un des plus grands films de wu xia pian dans lequel Jimmy Wang Yu incarne le héros manchot…

Donnie-Yen

Les chorégraphies mises en œuvre par Donnie Yen sont un modèle du genre et une référence aux chorégraphies originelles qui n’étaient pas câblées. Complètement débarrassé, ou presque, des câbles, il signe un travail collé au sol vraiment remarquable, utilisant très intelligemment les éléments de décors. Elles sont peu nombreuses mais servent parfaitement la narration puisque, lors des explications du détective, des incrustations CGI expliquent visuellement l’impact des coups sur le corps. En effet, l’idée même du film vient de l’illustration presque scientifique des techniques martiales. Peter Ho Sun Chan propose une explication rationnelle aux coups portés sur les méridiens corporels et cela se traduit visuellement à l’écran en plongées réalisées en animation 3D dans le corps humain. Si l’idée est excellente, sa mise en application est un brin maladroite et perturbe la continuité du jeu d’acteur à l’intérieur des scènes. D’autant plus que Donnie Yen comme Takeshi Kaneshiro imposent à la fois leur présence et un véritable dialogue dramatique qui tranchent avec la mise en scène trop didacticielle.

Tang-Wei

Avec Wu Xia, Peter Ho-Sun Chan confirme qu’il possède toutes les armes du grand réalisateur populaire. Avec un rythme qui sait ménager de véritables moments de calme et une volonté de démystifier les techniques de combat, Wu Xia s’impose à la fois comme un grand divertissement mais également comme une vraie proposition de réflexion et un hommage réfléchi sur le cinéma de genre wu xia pian. Un film pour les curieux et les blasés du genre, les premiers seront satisfaits les seconds heureusement surpris. Que demander de plus ? Une date de sortie dans les salles française ? UGC aurait racheté les droits d’exploitation… Alors gardons précieusement « une touche de zen ».

 

Walid