The Raid : Redemption

HARDBOILED INDONESIEN

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Synopsis :

Une équipe d’intervention spéciale de la police indonésienne est envoyée dans le quartier le plus mal famé de Jakarta afin de se frayer un chemin jusqu’à Tama Riyadi (Ray Sahetapy), impitoyable baron de la drogue se terrant au sommet d’un immeuble habité par des criminels de toutes espèces. Rama (Iko Uwais), recrue de l’équipe, profite de cette mission pour renouer avec son frère Andi, l’associé de Tama. Disons-le franchement : aucun film d’action n’a offert, dans les dernières années, des séquences de combat aussi épiques que celles de cette seconde réalisation de Gareth Evans (Merantau -2009). Au diable les enjeux dramatiques, les personnages grossièrement développés et le respect des lois élémentaires de la physique : de toute façon, ce n’est pas ce qui compte, avec ce genre de proposition !

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Shock

The Raid : le nom claque à l’écran dans un style explosif qui ne semble pas craindre la grandiloquence. Avec son lettrage graphique aux lignes martiales, le film semble alors s’engouffrer dans la tradition du film d’action panasiatique abandonné par Hong Kong à la Thaïlande. Mais son assurance un peu arrogante et balourde se fissure vite pour laisser place à un autre programme, plus inattendu. Dès les premières images (une unité d’élite préparant l’assaut d’un immeuble occupé par des narcotrafiquants), la sobriété du filmage de Gareth Evans casse l’air de rien l’économie traditionnelle du film de gunfight.Plus sèche, tendue au cordeau et rigoureuse que d’ordinaire, la mise en scène dépasse d’emblée le chaos plus ou moins réglé qui a fait l’âge d’or de Hong Kong, et identifie, pour cette production indonésienne signée par un Gallois cinéphile, un enjeu plus souverain que la simple récitation des codes du genre. Une fois l’assaut lancé, on comprend vite que la cible de l’attaque n’est rien de moins qu’un pan entier de cinéphilie.

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Dog bite Dog

The Raid, c’est d’abord une histoire de ton. Gris, entre chien et loup, à l’image de ses éclairages vacillant et de ses décors de béton. Renforçant l’ambiance anxiogène du récit (l’assaut devient piège puis tourne au massacre pour laisser une poignée d’homme contre tous), une telle direction esthétique enrichit surtout la nature même d’un huis clos tubulaire dont le schéma résume la position historique du film. D’espaces épurés en tentatives ouvertes d’abstraction, Evans met en place son dispositif comme celui d’un petit théâtre qui serait le creuset de tout un cinéma d’action. Non pas en convoquant le fatras habituel des références, mais au contraire en élaguant. Comme si pour lui tout relevait d’une conscience du cinéma qui aurait dépassé le maniérisme. The Raid vise une continuité raffinée pour répondre à Hong Kong et son métissage. Mais pour reprendre là où les choses se sont arrêtées et assurer la relève, Evans doit frapper fort et sa réponse est cette plastique tranchée, succession de décors bruts, vides, réduits à presque rien. Obsédé par cet espace clos qu’il doit sans cesse réinventer, The Raid finit par se résumer à un long couloir, grand motif programmatique d’un film aux allures de Die Hard décharné. Pur lieu de passage où l’on se planque en attendant de se battre contre des ennemis surgissant de partout, ce corridor de combat est un territoire hautement théorique, et son architecture abstraite une sorte de canal de passage généalogique en même temps qu’un génial outil de mise en scène. Toute l’ambition de The Raid se situe dans ce désir, tout à fait assumé, de reprendre le fil d’Ariane volé à Hong Kong par la Thaïlande et Tony Jaa, mais en radicalisant l’héritage pour en livrer une version brute, taillé dans la pierre et le sang, où tout doit devenir un moment d’anthologie.

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Call of Duty

Pour poursuivre cette lignée des Line of Duty et autres Police Story, The Raid doit se situer sur l’action. Puisqu’il se veut plus que le nouvel Ong Bak, son approche diffère des films kamikazes ne retenant de Hong Kong que les chorégraphies masochistes. Fidèle à son minimalisme, il est beaucoup plus carré, réfléchi. Les plans sont droits et limpides, les combats techniques et mis en valeur dans une série de micro espaces que la caméra quadrille aussi militairement que le mouvement des corps – Evans a bien compris qu’un combat se filme en plan large, sans raccords mouvements inutiles, en préservant d’autant mieux le geste que l’arrière-plan le met en valeur. De même, le détournement de l’environnement et des objets est une tradition du film martial que The Raid exploite à fond, jusqu’à fendre les murs et plafonds pour ouvrir des brèches en tirant sur le sol : belle manière, lors d’une scène où l’escouade est acculée de partout, de penser l’espace de jeu comme une sorte de gigantesque gruyère où faire ses trous. Si l’occupation des lieux et la gradation de l’action vers le boss final rappellent également le jeu vidéo, c’est plus en remontant vers ses origines qu’en le mobilisant pour lui-même. Mais l’hybridation la plus étonnante de ce film pieuvre où l’on va de branche en branche pour finir par le centre, renvoie au final aux films de Carpenter. Cité autant pour Halloween et sa figure du mal abstrait contaminant l’espace, que pour le séminal Assaut (les ennemis anonymes en quantité, la bande son minimaliste soulignant des plans au magnétisme énigmatique). L’Américain est à la fois l’origine de la seule trace véritable de maniérisme du film, et le plus sûr moyen pour lui de gagner en densité. De quoi mettre en Gareth Evans tous nous espoirs ?

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La relève ?

The Raid ne retrouve pourtant pas complétement le crépitement du cinéma de Hong Kong. Même sa violence poussive parait trop calculée et polie pour transgresser les limites d’un temps où les corps se fracassaient inconsciemment sur des parois coupantes. Mais c’est qu’il est aussi de son époque. Avec ses diverses racines et influences, The Raid est le nouvel épisode d’un cinéma mondialisé qui maîtrise tout, a tout vu et voudrait réactualiser le geste eurasien d’un John Woo. Il oubli seulement que si sa rigueur, son minimalisme et sa quête d’ambigüité l’élèvent loin devant ce que le genre a produit depuis longtemps, il manque à sa volonté un autre dessein que la pure virtuosité. Ses fondations sans noyau, qu’il décalque jusque dans son architecture, débouchent sur un objet filmique sidérant et parfaitement réglé, auquel il manque juste un peu d’âme et de spontanéité derrière sa belle écriture. En sommes un Gareth Evans, à suivre !

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