Sion Sono

Nous parlons souvent des films et des acteurs que nous avons aimés ou non. Mais combien d’entre vous se demandent qui est derrière le film ? Nous ne parlons que trop peu des réalisateurs ou scénaristes qui sont à l’origine des films qui nous font rêver. Pour ce numéro, nous avons donc décidé de rendre hommage à l’un des plus grands réalisateurs japonais, Sono Sion.

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Sono Sion, un livre ouvert

 

Nous pourrions vous raconter en détail la vie de ce grand réalisateur, vous dire qu’il a commencé en écrivant des poèmes, mais tout cela serait certainement ennuyeux. Sono Sion est un réalisateur engagé, qui parle avant tout de ses coups de cœur, ses coups de gueule et de sa vie. Il suffit de regarder ses films pour découvrir qui il est. C’est d’ailleurs son premier film en 1985, intitulé I am Sono Sion et le présentant quasiment nu criant des poésies, qui donnera le ton. Son envie de se dévoiler à cœur ouvert, sans artifice, quitte à choquer, mais toujours en restant vrai, est sûrement son plus grand talent. Voici une sélection de ses films les plus personnels.

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Suicide Club

 

Tokyo, le 26 mai 2002, 54 lycéennes se jettent sous le métro en gare de Shinjuku. L’horreur de ce suicide collectif est le point de départ d’une vague de décès inexpliqués qui va déferler sur le Japon. Les inspecteurs Kuroda et Shibuwasa, chargés de l’affaire, ont pour seule piste un site Internet et un sac de sport contenant des morceaux de peaux humaines cousus les uns aux autres. La police se heurte à une situation surréaliste.

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Sorti en 2001, c’est le film qui lui vaudra une reconnaissance à l’international et une place de choix dans les plus grands festivals de cinéma. Allant à contre courant de la culture nippone, le film s’inspire d’une vague de suicides collectifs chez les adolescents japonais. Le réalisateur expérimente ici le film d’horreur commercial. Il nous faudra pourtant attendre 2009 pour voir ce petit chef-d’œuvre débarquer en DVD en France. Le film est violent, voir gore, mais ne l’est jamais gratuitement. Le film choque, mais dans un but précis. Le spectacle malsain que vous pourrez voir sert peut-être au final une cause plus noble : dénoncer les maux que la société inflige à la jeunesse japonaise.

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Love Exposure

 

Fils d’un prêtre respecté, Yu intègre un groupe de pervers professionnels afin de vivre dans le péché. Malgré une vie de débauche, le jeune homme ne désespère pas de trouver l’âme sœur. Sa rencontre avec Yoko, dont l’innocence bafouée n’a d’égale que sa haine pour la gent masculine, va propulser le jeune homme bien au-delà des limites du bien et du mal…

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Ce film sera le premier volet de la “trilogie de la haine” entamé en 2008 qui sera suivi de Cold Fish (2010) et Guilty of Romance (2011). Voici un film qui, malgré le génie de l’histoire et de la réalisation, pourrait vous rebuter si vous n’avez pas l’esprit assez ouvert – ou si vous n’avez pas 4h devant vous. Love Exposure, c’est d’abord une grande claque dans la figure de la morale chrétienne et de la famille. Une moralité pervertie par un manque de repères et de limites dans une société individualiste, où la jeunesse cherche quelque chose à quoi se raccrocher. Le film dénonce également de manière follement crue les dérives sectaires et utilise une belle et excentrique histoire d’amour comme échappatoire.

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Love Exposure rentre en plein dans le cinéma d’auteur transgressif, mais ce petit bijou aux thématiques multiples reste un des films de Sono Sion les plus jouissifs à regarder.

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Himitsu et The Land of Hope : deux film post-Fukushima

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La catastrophe nucléaire de Fukushima a profondément touché le réalisateur, et il l’exprime dans ses deux derniers films. Le premier, Himitsu qui sortira fin 2011 a été tourné seulement deux mois après la catastrophe. Le film raconte la vie de Sumida et Chazawa, rejetés par leur famille et essayant de survivre après le tsunami. A la base, le film est une adaptation du célèbre manga éponyme sorti en 2001 et dessiné par Furuya Minoru. Mais le réalisateur a décidé de l’intégrer dans le Japon post-Fukushima. L’idée en soi est tout à fait géniale et offre une toute nouvelle profondeur à l’histoire. Bien que le film enchaîne les scènes chocs avec une violence qu’on lui connaît bien, il n’en reste pas moins que la force des personnages donne un message d’espoir post-apocalyptique.

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The Land of Hope, réalisé en 2012, porte un regard différent, plus posé et réfléchi que le précédent. Le film raconte l’histoire d’une nouvelle catastrophe nucléaire et retrace la vie d’une famille scindée en deux par ce drame. Encore une fois, la famille est au centre des préoccupations. Les parents, âgés, choisissent de rester alors que leur fils et son épouse acceptent d’être évacués pour fuir la radioactivité. Plus qu’un film relatant la vie des survivants post-Fukushima, c’est un film antinucléaire que le réalisateur nous propose. Il a effectué de longues recherches à Fukushima pour retranscrire au mieux la détresse des habitants. The Land of Hope est un film militant qui critique la politique gouvernementale du pays mais qui offre également un message d’espoir pour le peuple japonais, leur montrant qu’un renouveau est possible.

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Un cinéma tourné vers l’avenir

 

Après avoir exploré sous toutes les coutures ses thèmes de prédilections, tels que l’éclatement du cocon familial, le suicide ou encore le péché, le réalisateur a désormais envie de se tourner vers l’avenir. Marqué par la catastrophe nucléaire de Fukushima, Sono Sion aurait-il atteint l’âge de la sagesse? Pas sûr, mais il a déclaré dans une interview vouloir faire évoluer ses personnages de façon plus optimiste à l’avenir. Cela ne l’empêchera bien sûr pas d’exprimer ses coups de gueule et ses coups de folie. Et c’est comme cela qu’on l’aime!

 

Malgré un manque de visibilité flagrant de ses films pour nous, occidentaux, les quelques bijoux sortis en DVD dans notre pays, tel que Suicide Club, Love Exposure ou encore The Land of Hope vous donneront un bon aperçu de l’univers et du talent si spécial de ce poète, écrivain et cinéaste qu’est Sono Sion.