Rurouni Kenshin ~ The Journey Begins ~

Voilà un film que les fans attendaient au tournant ! Parce qu’adapter Kenshin le Vagabond pour le grand écran, c’est tout de même s’attaquer à un sacré monument du manga. Alors, qu’en est-il ?

Commençons avec quelques dates et quelques noms pour les oublieux: le manga, signé Watsuki Nobuhiro, sort au Japon entre septembre 1994 et novembre 1997, immédiatement suivi, avant même la fin de la série papier, par un anime de pas moins de 95 épisodes, puis par un film d’animation, et enfin deux séries d’OAVs qui ravissent les fans. N’oublions évidemment pas la multitude de produits dérivés et d’artbooks sortis sur la série, comme savent si bien le faire les Japonais! Côté France, c’est dès septembre 1998 que le manga commence à sortir chez les Editions Glénat et que l’on découvre dans l’Hexagone Kenshin Himura, dit Battosai le samouraï-assassin de la Restauration Meiji, le kendoka invincible rongé par les remords. Sans vouloir avancer de statistiques sur les connaissances historiques du lectorat francophone de manga, si la plupart d’entre nous connaissent l’histoire de la Restauration Meiji, les mots de « Shinsengumi », « Loups de Mibu », « Bakumatsu », « Bakufu » etc….. et est capable de dire que c’est en 1868 que débarquèrent, dans la baie de Tokyo, les « bateaux noirs de l’Amiral Perry », c’est très souvent grâce à Kenshin le Vagabond !

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Malgré le succès indéniable de la série, sur l’archipel et ailleurs, personne n’avait cependant envisagé de tenter une adaptation live jusqu’a ce que, il y a deux ans environ, Warner Bros commence à parler droits et casting. Après 24 mois de palabres donc, le 25 août 2012, les fans japonais ont pu se rendre en masse dans les cinémas pour voir le légendaire Kenshin prendre vie sur grand écran et répondre enfin à toutes les questions qui avaient envahi les forums de discussions depuis plusieurs mois, allant du simple choix des acteurs aux questions plus techniques concernant la réalisation et le synopsis (Quel arc de l’histoire ? Quel ennemi ?…).

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Le film en bref :

Réalisateur : Ootomo Keishi

Producteur exécutif : Koiwai Hiroshi

Producteur : Kubota Osamu

Scénariste : Fujii Kiyomi

Musique : Sato Naoki

Générique original : The Beginning – ONE OK ROCK

Date de sortie officielle au Japon : 25 août 2012

Durée : 134 minutes

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Le casting en bref:

Himura Kenshin / Battosai l’Assassin : Satoh Takeru

Kamiya Kaoru : Takei Emi

Myojin Yahiko : Tanaka Taketo

Sagara Sanosuke : Aoki Munetaka

Takani Megumi : Yu Aoi

Hajime Saito / Goro Fujita : Eguchi Yosuke

Takeda Kanryu : Teruyuki Kagawa

Udo Jine : Kikkawa Koji

Gein : Go Ayano

Banjin Inui : Sudo Genki

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Le synopsis :

Au final, le parti-pris du film est simple : bien qu’aucune suite n’ait pour le moment été officiellement annoncée et qu’il puisse se présenter comme une histoire complète en tant que telle, Rurouni Kenshin ~ The Journey Begins ~ avance peu dans le manga et se concentre principalement sur le premier acte de l’installation de Himura Kenshin chez Kaoru, 10 ans après la Restauration. Durant les 2h14 que dure le film, Kenshin fait la rencontre de Kaoru et Yahiko, qui tentent de maintenir à flot le dojo familial et de Saito Hajime, ancien membre du Shinsengumi devenu chef de la Police. Son adversaire principal dans le film est Takeda Kanryu, un trafiquant d’opium qui force la jolie Megumi à fabriquer pour lui un opium encore plus addictif et importe clandestinement des armes à feu. Kanryu souhaite créer sa propre armée au cœur de Tokyo en engageant d’anciens samouraïs que la fin de l’ère Edo et l’interdiction soudaine de porter le sabre a laissé désemparés. Cet affrontement correspond aux tomes 3 et 4 du manga, mais alors que l’œuvre originale faisait apparaitre parmi les combattants embauchés par Kanryu le personnage d’Aoshi et de ses fidèles Oniwabanshu, la direction du film a préféré ne pas représenter ces guerriers et intégrer plutôt dans cet acte Udo Jine, un ancien membre du Shinsengumi, qui maîtrise une technique d’hypnose qui paralyse progressivement le cœur de ses victimes et se faisait passer dans le premier tome de la série pour « Battosai l’Assassin » ainsi que des personnages qui n’interviennent que bien plus tard dans le manga : Gein et Banjin Inui (tome 19)… Voila pour la partie de l’histoire couverte par le film!

Et pour ceux d’entre vous qui attendaient les deux grands ennemis charismatiques de notre héros dans le manga, Shishio et Enishi, on ne peut qu’espérer que le sous-titre du film, « The Journey Begins », soit prémonitoire et qu’effectivement, suivent bientôt un ou plusieurs autres films !

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Cela dit, malgré ces quelques modifications de synopsis, Rurouni Kenshin est réellement un excellent film, tant sur le plan de la réalisation que de l’adaptation. Sans être complètement fidèle en tous points au manga d’origine, ces deux heures et quelques devraient ravir autant les néophytes que les amateurs de chambara et les fans de la série!

Les bons points de Rurouni Kenshin en quelques mots:

* La musique

Alors qu’on aurait pu s’attendre à des reprises des musiques de l’anime et/ou des OAV, Ootomo a embauché le célèbre compositeur Sato Naoki (Orange Days, Waterboys, H2, Good Luck, Ryoma Den… pour les amateurs de dramas ; Eureka Seven, Evangelion… pour les amateurs d’anime) pour créer intégralement toutes les musiques du film, qui s’adaptent parfaitement à l’action et à l’esprit de l’adaptation. Soulignons également l’ending original composé et interprété par le groupe ONE OK ROCK, très à la mode en ce moment au Japon !

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* Les scènes d’action

Toutes les scènes d’action du film sont réellement impressionnantes ! Notons qu’elles sont également violentes et pas forcement à mettre entre toutes les mains, mais le manga d’origine n’a jamais prétendu viser un public enfantin. La réalisation léchée d’Ootomo Keishi, sans en faire « trop » dans les scènes de combats, rend hommage à Kenshin et à ce qu’on attend de lu i: c’est un kendoka de génie, et les attaques et effets de vitesse de la technique Hiten Mitsurugi sont parfaitement rendus. Sanosuke également se voit attribuer sa part de bagarre – c’est même sans doute la raison pour laquelle c’est le personnage de Banjin Inui que la scénariste a décidé de rajouter à cet acte – et sans avoir ni la « classe », ni la maitrise des combats de Kenshin, ses techniques de combat à mains nues et son caractère entier sont bien rendus par la mise en scène!

Petit bémol seulement sur le Gotatsu, le coup spécial de Saito, qui est censé être terriblement puissant et qu’en tant que fan j’attendais avec impatience : la pose charismatique est là, mais l’attaque elle-même lors de la bataille finale est presque passée sous silence et ne rend pas justice à l’adage « délit-punition expéditive » du personnage…

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* Le casting

Commençons par ce qui frappe les yeux : Satoh Takeru est parfait en Kenshin. Honnêtement, sans gloussement de fangirl hystérique aucun. Il fait osciller avec beaucoup de tact son personnage entre le Battosai froid et précis, maître dans l’art de tuer de l’ère Edo et le Himura Kenshin un peu maladroit de l’ère Meiji, qui ressemble à une fille avec ses grands yeux effarés, ses « oro? » à répétition et son parlé ultra-poli et archaïque. Il parvient à rendre à l’écran toute la douleur sourde du personnage de Kenshin pris entre la culpabilité des atrocités qu’il a commises lors de la Restauration et la volonté de protéger ceux qui lui sont chers. Ce n’était pas évident de trouver dans le panorama des acteurs japonais quelqu’un qui puisse dégager à la fois tant de fragilité et de dynamisme, mais c’est mission accomplie avec Takeru !

Le reste du casting est également excellent, Teruyuki en Kanryu hystérique et hurlant et Eguchi en policier froid et méthodique en tête. Petit chapeau bas en passant à Go Ayano pour son rôle de Gein, qui bien que loin du personnage du manga (si vous vous souvenez bien, Gein c’était le marionnettiste qui fabriquait des marionnettes avec des organes humains !), nous livre une scène de bataille contre Kenshin d’une grande dextérité !

Et puisqu’il parait que dans un report, il faut toujours critiquer un peu pour être crédible, je me bornerai à regretter un Yahiko un peu trop sérieux (son personnage dans le manga servait souvent à apporter un peu de légèreté et de fraicheur à des scènes sombres), une Megumi un peu trop jeune (même si elle a 26 ans, Aoi en parait 18 alors que Megumi est censée être une femme mature qui flirte un peu avec Kenshin) et une Kaoru un peu trop jolie (rappelons que dans l’œuvre originale, Kaoru est une toute jeune fille un peu « garçon manqué », à qui Megumi ne cesse de rappeler son manque de charme et d’atouts pour séduire Kenshin… alors que Takei Emi ne manque vraiment pas de charme !)… Cela dit, vous voyez bien que je pinaille hein !

Au final, je me répète, mais ce film est vraiment une excellente adaptation, et après l’avoir attendu avec scepticisme et m’être préparée à hurler au scandale à grands cris (c’est qu’on en a vu ces derniers temps, des adaptations loufoques !), en tant que grande fan du manga, comme d’une part non négligeable du casting, je ne peux qu’approuver… et espérer que « The journey will go on » avec de nouveaux adversaires sur grand écran pour Takeru/Kenshin que j’aurai un réel plaisir à retrouver dans les salles…

Je me contenterai de clore ce report en faisant parler les chiffres et en rappelant qu’au Japon, le film a coiffé au poteau les blockbuster américains The Avengers, sorti la semaine précédente et Prometheus, sorti le même week-end… Je lui souhaite un succès égal pour sa sortie à l’international dans les mois qui viennent, il le mérite !

Calci.