Raavan

Distribution: Abhishek Bachchan, Aishwarya Rai Bachchan, Prithviraj,Vikram, Govinda…

Réalisation: Mani Ratnam

Musique : A. R. Rahman

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Histoire :

Dev Pratap Sharma, policier, accompagné de sa femme Ragini, prend ses fonctions dans une région reculée. Il veut capturer Beera, criminel vu comme une sorte de Robin des Bois, régentant la contrée. Pour venger l’outrage fait à sa sœur par des policiers, Beera enlève Ragini.

Entre Dev et Beera commence une traque sans merci où il ne restera qu’un vainqueur…

Raavan a sûrement pâti de l’accident cardiaque du réalisateur en 2009, mais la belle palette d’intervenants, la réalisation musicale de son ami (Mani est le premier réalisateur à lui avoir donné sa chance), la star mondiale : A.R Rahman (oui, celui qui a réalisé la BO de S. Millionnaire !), le tout agrémenté d’un scénario probant, laissaient présager, de nouveau, du bon Ratnam.

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Une trame épique

Raavan serait une version moderne et une adaptation libre de la grande épopée indienne Ramayana :

Rama et sa femme Sita sont l’incarnation de deux êtres parfaits vivant en exil pendant quatorze ans dans la forêt.

Sita est enlevée par le démon roi de Lanka, Ravana, car le frère de Rama a coupé le nez de sa sœur Surpanakha.

Rama déclenche une guerre pour libérer sa femme.

Lorsqu’elle retrouve enfin son époux, celui-ci détourne les yeux car il la pense déshonorée. Sita demande alors à périr sur le bûcher, ne supportant pas l’affront. Mais, elle sort du bûcher indemne, lavée de tout soupçon, car le dieu Agni (feu) détruit les impurs, mais préserve les innocents. Rama se tourne alors vers Sita et affirme qu’il n’a jamais eu de doute, mais que le sacrifice du feu devant la foule était nécessaire pour qu’elle continue à être respectée de tous.

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De la mythologie au film d’action, seul un Ratnam pouvait le faire…

Le film reprend cette trame mythique et se déleste de son caractère épique mais tente un pari un peu fou en s’appropriant un épisode du patrimoine indien et en l’adaptant à notre époque contemporaine.

Oser toucher au sacré comme au symbolisme de l’histoire d’une nation aurait fait peur à plus d’un réalisateur, pourtant Mani Ratnam n’a pas relevé le défi une fois, mais deux fois. En version hindi, avec Raavan et en version tamoule, avec Raavanan…

Auparavant, Ratnam avait réalisé Thalapathi, similaire au Mahabharata (épopée sanskrite de la mythologie hindoue de 81.936 strophes !), donc familiarisé (comme nombreux autres réalisateurs indiens) avec la mythologie indienne, la transition jusqu’à Raavan ne pouvait être que naturelle.

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Cependant, pour tout mordu des œuvres du réalisateur, le constat est flagrant : une nouvelle facette du travail de Ratnam se dévoile ici.

Prenant soin de se délester de tout artifice et de livrer le film à l’état brut, au plus près de la légende, de ses archétypes, de ses archaïsmes et de son univers de jungle inhospitalière, Ravaan offre à son parcours, un sérieux coup de jeune.

Ratnam excelle là où on ne l’attendait pas.

Hormis l’amour toujours sujet prépondérant de ses scénarios (et Raavan ne fait pas exception à la règle, pour notre plus grand bonheur !), le résultat est déroutant, car il ne ressemble en rien à ce que Ratnam, d’habitude enclin aux dialogues étudiés, personnages ciselés et analyses socio-politiques aiguisées, nous a habitué.

Ce dernier accorde toujours autant d’attention aux aspects techniques de la réalisation et consacre beaucoup de temps à la post-production : montage, postsynchronisation et pour ce, sait s’entourer des meilleurs techniciens que ce soient les chefs opérateurs ou les décorateurs. Pour Raavan, c’est encore le cas avec Sreekar Prasad au montage et Shaad Ali (avec qui il avait déjà collaboré sur Dil Se et Guru) à la production.

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Une équipe imbattable

Le personnage d’Abhishek Bachchan (mari officiel de la belle citée plus bas) n’est pas uniquement inspiré de la vie de Raavana mais aussi de celle du dirigeant maoïste Kobad Ghandy. Ratnam a toujours apprécié de mettre en exergue un élément important de l’histoire contemporaine dans ses œuvres.

Que ce soit Nayakan basée sur la vie de Don Vardha Rajan, Guru basé sur la vie de Dhirubhai Ambani ou Bombay, qui décrit les émeutes entre hindous et musulmans à Mumbai après la démolition de Babri Masjid. Même dans Roja, Dil Se et Yuva, Mani s’intéresse aux questions du terrorisme au Cachemire.

Ratnam avait nommé une équipe de chercheurs pour obtenir autant de données disponibles sur Kobad Ghandy car il voulait que le personnage d’Abhishek ait une ressemblance frappante avec le leader maoïste.

L’emblématique Aishwarya Raï Bachchan a rejoint le casting, faisant fi de tout ce qui fait d’elle l’égérie de l’Oréal. Aux critiques doutant encore de ses qualités d’actrice, Raavan est l’occasion de faire un pied de nez à ceux qui ne verraient encore en elle qu’une ex-miss monde. En affinant son jeu avec Ragini, la belle enrichit une filmographie conséquente (plus de 40 films à son actif).

Vikram a eu la lourde responsabilité d’endosser deux des rôles principaux de chaque version (Beera dans Raavannan et Dev dans Raavan) du film.

Du gentil au méchant, l’acteur éblouit par ce jeu riche et subtil qui le confirme star tamoule incontestée de sa génération.

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Les acteurs ont évolué laborieusement (boue, pluies torrentielles) mais ont su offrir le maximum de conviction à leur personnage.

Bien qu’il fût affligeant de supporter certaines incohérences visuelles (notamment la scène où Govinda saute d’arbre en arbre) dignes de séries B, force est de constater que seul Mani Ratnam pouvait réunir des stars de ce calibre dans des conditions de tournage si chaotiques.

Les Bachchan n’en sont d’ailleurs, pas à leur première expérience avec le réalisateur tamoul (Guru, blockbuster de 2007) aujourd’hui, le trio Ratnam, Raï, Bachchan est unanimement qualifié d’équipe « imbattable » par tous les critiques du cinéma indien.

Une œuvre captivante qui vous laissera tout, sauf indifférent.

Géraldine