Outrage

Voilà maintenant plus de 10 ans que l’illustre réalisateur Takeshi Kitano à qui l’on doit  Battle Royale , Aniki mon frère ou encore Zaïtochi  n’avait pas ressorti un film su   r les yakuzas.

Avec Outrage, Kitano signe là un nouveau film sur l’univers fermé et mystérieux des mafieux japonais.

Outrage a été présenté au dernier festival de Cannes et Kitano s’est fait critiquer de toute part, à de rares exceptions près, pour l’ultra-violence de ce long-métrage.

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Synopsis :

L’action se situe au Japon. La région est contrôlée par différents clans de yakuzas, tous sous l’allégeance du « Grand Patron ». Après un pacte de fraternité passé en prison, le chef du clan Ikemoto traite avec le clan Murase, non affilié à la famille. Le « Grand Patron » ne voit pas cette alliance d’un très bon œil. Ikemoto charge alors son lieutenant Otomo et ses hommes, de régler le problème du clan Murase. Afin de pouvoir casser légitimement le pacte conclu, Otomo va tendre un piège au clan Murase ….

Dans Outrage, Takeshi Kitano interprète le rôle du lieutenant d’Ikemoto : le yakuza Otomo. Sans le vouloir, Otomo va déclencher une réaction en chaîne incontrôlable. Entre allégeances, confiances, trahisons et guerres intestines, chaque yakuza fera en sorte d’étendre son territoire et d’accroître sa mainmise, le tout, dans un bain de sang !

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Takeshi Kitano :

Ai- je besoin de présenter ce réalisateur ??

Takeshi Kitano est vraiment un artiste accompli. À l’heure où j’écris ces lignes, « Achille et la tortue » est sur le point de sortir dans les bacs en DVD. C’est le film qui clôt la saga d’artistes avec « Takeshi’s » et « Glory to the filmmaker ». Une exposition de peinture a été également présentée à la fondation Cartier intitulée « Gosse de peintre » et s’est terminée le 12 septembre dernier.

Incompris par la majorité des critiques, Kitano est le genre de réalisateur à tout tourner en dérision en dépit des codes et de la raison. Que ce soit en tant qu’acteur, présentateur ou réalisateur, pour lui tout est sujet à amusement.

Avec Outrage, Takeshi revient sur un film de yakuzas avec codes d’honneurs, règles rigides et valeurs. Mais au-delà de ça, Kitano arrive à mettre sa pointe de cynisme et d’humour noir qui « désacralise » ces gangsters en costume-cravate.

Portrait d’un film qui dérange….

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Critique :

Lorsque j’ai commencé à regarder Outrage, je m’attendais à un film qui expliquerait ou raconterait le fonctionnement complexe d’une organisation de yakuzas qui, à l’image de la société japonaise, suit des règles strictes, un code d’honneur particulier ainsi que des valeurs à ne pas bafouer. Hiérarchisée telle une énorme entreprise, on a tout d’abord dans cette organisation « le Grand Patron » qui est un peu le parrain du secteur. Il dirige des lieutenants qui, eux-mêmes, commandent des chefs de territoire. Vous l’aurez compris, le début du film est très indigeste pour ce qui est de la présentation des protagonistes. Les habitués de films asiatiques auront sûrement des difficultés à comprendre qui est qui et la fonction de chacun au sein de l’organisation, alors pour les non-initiés c’est limite incompréhensible (je n’étais pas seul à le visionner). Je ne vous décris pas ma surprise quand le film commence sur un malentendu sournoisement orchestré par le clan Otomo pour faire tomber le clan Murase, surtout lorsqu’on connait leur sens de la « fraternité ». Une phalange et des excuses plus tard, le clan Murase se venge et s’enchaîne alors la spirale de la violence. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, dans Outrage, chacun désire monter au créneau et obtenir les faveurs du « Grand Patron ». La police, quant à elle, corrompue par quelques liasses de billets pour fermer les yeux, sort grande gagnante de ce déchaînement gore, pour peu qu’elle aide ces gangsters à s’en sortir.

Takeshi Kitano nous montre donc un monde où il n’existe aucune règle, aucune morale et surtout aucun code du yakuza. Les personnages dans le film en sont réduits à des criminels avides de pouvoir et d’argent, se trahissant pour deux francs six sous sans aucune hésitation ; loin de nous l’image de ces escrocs qui se font des courbettes et se respectent : ici c’est le chaos ! Autre point contradictoire de ce film, le côté ultra fermé du scénario : à part quelques rares acteurs extérieurs, tout le film se passe seulement entre les yakuzas. Pas de héros, de personnages principaux, etc. Tous les acteurs sont eux-mêmes les héros de leur funeste destinée. Je ne veux pas spoiler le film mais les happy-ends n’étant pas du goût de Kitano, ne vous attendez pas à de la joie à la fin du film….

Les débuts froids et stériles du film montent crescendo en violence avec, parallèlement, les objectifs de chacun malgré le clan. Kitano maîtrise parfaitement la montée en puissance de la violence et ne s’arrête pas à quelques effusions de sang : le sentiment qu’aucune issue n’est possible rend le film limite désagréable. Qu’importe le grade, le fait de prendre ses « frères » à parti dans un moment de faiblesse (seul, au sauna ou chez soi) et de le descendre fait vraiment ressentir qu’une fois rendu là, on n’en sortira jamais vivant…

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Habitué à l’humour noir de Kitano, c’est sans grande surprise que l’on se délectera d’un Otomo ricanant lorsqu’un yakuza se tranche une phalange ou encore, lorsqu’il se sait condamné, de l’entendre dire : «  Il faut qu’un de nous survive pour voir ce qui va se passer » accompagné de son rictus limite sadique…

Film présenté au festival de Cannes, Takeshi Kitano s’est fait littéralement explosé par les critiques : inutilement violent, trop dérangeant, pas de scénario, etc.

Certains magazines ne se sont pas gênés pour « cracher » sur l’image de ce réalisateur qui pense qu’on peut rire de tout.

Je ne défends pas le sujet qui pourrait faire débat dans le triste décor cinématographique, je reconnais que le scénario est un peu « léger » et le mobile complètement absent : comment expliquer que le « Grand Patron » pousse ses hommes à s’entretuer ?? Malgré ça, Kitano a toujours, plus ou moins, fait dans le second degré et Outrage n’est pas un film qui fait exception à la règle.

Les scènes de violence sont simples mais s’inspirent profondément de nos peurs, le cinéma asiatique ayant toujours réussi à nous choquer par des scènes toutes bêtes au réalisme dérangeant.

Les critiques seront toujours aussi bons pour envoyer au hit-parade des navets sortis des studios américains et envoyer aux oubliettes les rares perles du cinéma étranger sans chercher à connaître l’œuvre de l’auteur. Ceci ne reste bien sur que mon avis

C’est violent limite gore certes mais c’est simple ! Kitano a dit lors d’une interview : « Pourquoi pensez-vous qu’Outrage scandalise autant les gens ?Parce que je ne glorifie pas la violence. Je la montre telle qu’elle est. Je voulais que le public ressente une partie de la douleur physique des personnages. C’est pour cela que j’ai joué sur des peurs que nous avons tous, notamment lors d’une scène chez un dentiste. Mon film est fait pour secouer. »

Mon avis sur ce film est personnel : Kitano montre bien que malgré les règles et le respect qu’on peut avoir vis-à-vis des autres, la cupidité et la soif de pouvoir font naître en nous des comportements immoraux et agressifs.

Ce film n’est surtout pas à destination des âmes sensibles, l’incompréhension et le déchaînement de violence peuvent en rebuter plus d’un mais Outrage est un film  « coup de poing » qui casse le mythe des yakuzas en se questionnant sur les comportements de chacun.

Un film 100 % dans la lignée des films de Takeshi Kitano… pour ceux qui savent apprécier le travail de ce réalisateur…

Poky.