Marks no Yama

 Vous voilà devant votre ordinateur à vous demander quoi regarder? Vous avez enchaîné tellement de dramas d’amour que vous prévoyez d’étrangler le prochain japonais qui demande sa chérie en mariage sur votre écran ? Mais vous ne vous sentez pas d’attaque non plus pour regarder un sanglant film de yakuzas? Vous avez envie de quelque chose de court, de suspense tout en subtilité, de bons acteurs et d’un scénario bien ficelé ? Vous, vous avez envie de regarder Marks no Yama !

Scénario :

Dans les Alpes Japonaises, la police sauve un jour un jeune garçon à demi-mort de froid dont la mère vient de décéder dans d’étranges circonstances que l’enquête n’élucidera pas. Vingt ans plus tard, le voici qui sort de l’hôpital psychiatrique où il a été traité pour le traumatisme reçu dans son enfance.

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Au même moment, des meurtres barbares s’enchaînent dans un quartier résidentiel de Tokyo et l’inspecteur Goda s’empare de l’affaire qu’il attribue à un mystérieux tueur en série du nom de « Marks ». Cependant, luttes de pouvoir et corruption s’en mêlent et notre policier se voit retirer l’enquête.

Heureusement (ou pas), une jeune journaliste semble avoir fait un lien entre les meurtres attribués à « Marks » et une autre affaire non résolue ayant eu lieu treize ans auparavant…

Les blablas de Calci, ou le pourquoi du comment vous devriez regarder

D’emblée, Marks no Yama se démarque dans le panorama des dramas japonais pour plusieurs raisons qui sont autant de « pourquoi du comment vous devriez regarder ».

Déjà, le format est atypique avec ses cinq épisodes seulement et s’inscrit dans un créneau horaire particulier de la chaine WOWOW (le dimanche à 22 h) qui promet le plus souvent des dramas sérieux, denses et relativement sombres (Soratobu no Taiya, Pandora, Genya…).

Ensuite, Marks no Yama a l’indéniable avantage d’être un drama d’enquête de longue haleine : ici, pas de « un épisode, une affaire, un coupable » : à l’instar de dramas policiers comme Unfair, tout s’entrecroise dans un scénario complexe. Un nouvel élément peut mettre soudain en lumière un détail qui paraissait insignifiant au premier épisode, et louper 10 minutes d’un épisode revient à ne plus rien comprendre de la suite… Dans les trois premiers épisodes notamment, le rythme est particulièrement soutenu et la narration rendue encore plus ardue et hypnotique par les constants va-et-vient entre les différentes époques (l’affaire d’il y a 20 ans, l’enquête d’il y a 13 ans et les meurtres en série du temps présent). On regrettera une légère perte de rythme dans les deux derniers épisodes qui s’égarent un peu plus dans les histoires personnelles des uns et des autres et mènent à une fin qu’on aurait voulu soit plus rapide, pour conserver jusqu’au bout l’énergie des premiers épisodes, soit plus lente, pour mieux exploiter certains aspects seulement entr’aperçus dans le scénario (notamment tous les passages sur les relations hiérarchiques entre les différents personnages, sur la réalité de la police japonaise, sur la corruption et les luttes d’argent et de pouvoir qui interfèrent avec la justice…). Cela dit, si je vous dis tout ça, c’est juste parce qu’il faut bien critiquer de temps en temps quand on fait des articles hein, sinon vous allez finir par ne pas me croire quand je vous dis qu’une série vaut le détour (« ouais mais elle, elle aime tout, de toute façon… »). Mais ça ne retire en rien à Marks no Yama ses lettres de noblesse, ni l’étiquette « à voir » que je vous invite à lui coller sur le front !

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Car au-delà d’un scénario prenant qui tient la route, la série vous sert aussi sur un plateau un panel de personnages bien construits, servis par les jeux d’acteurs de qualité. Kamikawa Takaya est un comédien que j’ai toujours plaisir à retrouver depuis Ao no Jidai (oublions Hana Kimi 2007, tout le monde fait des erreurs…) et le rôle d’inspecteur frustré par l’échec en lutte contre une hiérarchie oppressante lui va comme un gant. Quant à Kora Kengo (Solanin, Hakegata, Kenta to Jun to Kano-chan no Kuni, Byakuyako, Box!, Oniichan no Hanabi, Norwegian Wood…), non, ce n’est pas franchement un garçon à la mode pour son look de beau gosse mais on le voit partout sur grand écran depuis 1 ou 2 ans et c’est un grand acteur qui nous sert ici un personnage d’une grande subtilité. Marks, à la fois coupable et victime, brouille les règles du manichéisme établies dans nos esprits: ses actes actuels sont cohérents avec ce qu’il a subi et il est aussi parfaitement difficile de l’aimer que de le haïr… (non, non, je ne spoile pas promis!!). Le reste du casting (Ishiguro Ken, Kohinata Fumiyo, Toda Naho…) est dans l’ensemble plutôt bon aussi et je dois avouer que même Konishi Manami, que je ne porte pas dans mon cœur (ceci est un euphémisme pour dire qu’en général, je grince des dents quand elle apparaît sur mon écran, je coupe même le son) est ici crédible et pas trop insipide dans son rôle de journaliste curieuse et avide de vérité (les fans de ladite demoiselle peuvent envoyer leurs lettres d’insultes pour l’auteur à la rédaction du magazine qui les fera suivre volontiers). On se serait en revanche passé du rire kitsch et cliché du méchant de l’affaire ; personne n’a encore vaincu le Jafar de la version française dans mon top 5 des « rires de méchants-pas-beaux »…

On finira en soulignant l’OST assez étrange, quasi entièrement basée sur des variations d’un seul et unique morceau de musique classique (ça choque au début, puis on s’y habitue et on finit par se le passer en boucle une fois le drama terminé… un peu le même effet que les musiques de Maou) et la réalisation signée Mizutani Toshiyuki (un des réalisateurs fétiches de la WOWOW), qui sans être révolutionnaire, est dynamique et retranscrit bien, à la fois dans les couleurs et les mouvements, le côté sombre et torturé du scénario et des personnages…

En conclusion donc, si vous avez 5 heures devant vous, envie de suspens, de révélations surprenantes et de retournements de situations haletants, le tout sur fond d’enquête policière et de corruption à la japonaise, n’hésitez pas et tentez Marks no Yama. Le drama vous laissera peut-être un peu sur votre faim mais je suis prête à parier que vous n’aurez pas perdu ces quelques heures ! Encore une fois cependant, la rédaction se fera un véritable plaisir de me transmettre vos lettres d’injures si vous avez regardé et absolument détesté ! (Notez toutefois que les avis construits et argumentés ont plus de chance de me convaincre que les seules insultes.)

Calci