Maria-san’s (Mad) Apple Tea Party !

L’expression « comédie musicale » vous évoque de vieux souvenirs des années collège et vous ne savez pas trop s’il faut sourire ou frémir ? Alors frémissez, mais de plaisir, devant le spectacle loufoque et délirant que vous a concocté le génialissime Yuzawa Kouichirou : voici venir Maria-san’s (Mad) Apple Tea Party !

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Scénario

Dans un luxueux bordel de la Vienne des années 30, se croisent joyeusement Maria, la maquerelle qui règne sur ses troupes, Grace, doyenne des prostituées et meilleure amie de Maria, Clara, la mutine prête à sauter sur tous les mâles qui lui passent sous la main et la naïve Rose-Marie, à qui son unique client Carl interdit de rencontrer qui que ce soit d’autre et qui rêve d’amour et de mariage…

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Jouissant à Vienne d’une certaine popularité de chanteuse de cabaret, Maria souhaite exporter son spectacle sur la scène japonaise, et malgré Clipper, son correspondant sur l’archipel qui lui apprend que sa popularité outre-mer est quasiment nulle, elle s’envole pour le Japon avec ses « filles » et Hans, le jeune orphelin qui lui sert d’homme à tout faire…

Voici pour votre plus grand bonheur (si, si!!) les tourments de Maria qui rêve de gloire internationale alors que dans le bordel, se multiplient les complots et les bouteilles de poison…

Madgara -Photos Officielles (Nagashima Shougo)

Les blablas de Calci, ou le pourquoi du comment vous devriez regarder

Comme vous l’avez évidemment remarqué à la lecture du synopsis, cette pièce n’est pas forcément à mettre entre toutes les mains. Non qu’il faille l’interdire aux moins de X ans : je vous rassure tout de suite, il n’y a pas de scènes à censurer, tout juste des dialogues grivois par moments et une trame de fond pas franchement conventionnelle.

Madgara -Photos Officielles (Saitou Yasuka)

À part ça, le spectacle est à mon humble avis une merveille pour qui sait prendre du recul et le juger avec un peu de culture générale et beaucoup d’ouverture d’esprit.

Madgara -Photos Officielles (Yonehara Kousuke)

Un casting particulièrement efficace

Le choix du cast endosse d’emblée un parti-pris et un défi de taille, puisqu’il est exclusivement masculin. Je vois que vous vous crispez devant votre magazine, mais non, un tel choix ne justifie pas que vous tourniez immédiatement la page !!! Laissez-moi vous les présenter rapidement d’abord !

Madgara -Photos Officielles (Yuuzawa)

Vous retrouverez dans le rôle principal de Maria, Yuzawa Kouichirou, connu surtout comme chanteur au Japon. À ses côtés, la superbe Grace est interprétée par Tsuda Kenjirou, que vous n’avez sans doute jamais vu sur scène (Linda Linda Linda…) mais que vous pouvez connaître en tant que seiyuu (Spitfire dans Air Gear, Rikiya dans Beck, Inui dans Prince of Tennis…) Pour les autres « filles », on retrouve Yonehara Kousuke, membre de la troupe des RUN&GUN et Saitou Yasuka, que les fans de dramas louches auront pu voir dans Fuma no Kojirou ou Boukenger… Et pour le reste, saluons les performances de KENN qui était, plus jeune, la voix sur un ending de Digimon et de Nagashima Shougo, déjà vu sur le petit écran dans Battery, Taisetsuna Koto wa Subete Kimi ga Oshietekureta

J’ai bien conscience que je viens d’égrainer une liste de noms dont aucun ou presque n’a fait tilt dans votre esprit… Vous ne les connaissez pas et c’est très bien : partez donc sans a priori, et croyez-moi sur parole quand je vous dis que Grace est une merveille, Clara une des plus jolies filles que vous ayez jamais vues (vraiment !), Shugo la chose la plus adorable qui soit et que vous ne pouvez définitivement pas continuer à vivre sans avoir vu le couple Carl/Rose-Marie (KENN/Kousuke) se déclarer son amour sur le superbe « Bakayaro! » !

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Un « melting-pot culturel »

Parlons maintenant genres et influences : s’il fallait classer cet OVNI dans un catalogue, il se trouverait probablement à mi-chemin entre un cabaret parisien et un opéra-bouffe d’Offenbach. Tout d’ailleurs semble hésiter entre les genres et les époques, mélangeant allègrement Japon médiéval et Vienne de l’avant-guerre, l’Empereur Hirohito et Marlène Dietrich, les corsets et les kimonos, le télégraphe et le téléphone…

Madgara -Photos Officielles (Tsuda Kenjirou)

Et quand on sait la passion de Yuzawa Kouichirou (qui signe en plus du rôle principal, le scénario, la mise en scène et les paroles de certaines chansons !) pour l’Europe du 19e et de l’entre-deux guerres, on ne s’étonne plus de retrouver dans toutes ces « demoiselles », les « filles de mauvaise vie » de la littérature classique européenne, de la Nana de Zola (Grace) à la Manon Lescaut de Prévost (Clara) en passant par la Fleur-de-Marie d’Eugène Sue dans les Mystères de Paris (Rose-Marie) et Maria, la mère maquerelle qui évoque par certains aspects l’Hélène Vincent de la Célestine de De Rojas (quoi qu’on puisse aussi sans doute la rapprocher de celle du Kafka sur le Rivage de Murakami)…

Quant aux autres références à notre culture occidentale qu’on peut y trouver (puisqu’il faut bien se donner l’air cultivé de temps en temps !), elles sont essentiellement musicales et vous reconnaitrez l’Habarena de Bizet (en Français s’il vous plaît!!), le Winterreise de Schubert, ainsi que des allusions à d’autres œuvres comme le Madama Butterfly de Puccini (« Chouchou-san » en japonais). Et là, encore une fois, Yuzawa s’amuse à brouiller les pistes en faisant se juxtaposer ces monuments de la musique classique avec des comptines pour enfants (« Kuro Neko no Tango ») ou des créations personnelles loufoques et décalées (« Tea Time », « Buba Buba », « Bakayaro! »…).

Madgara -Photos Officielles (KENN)

Un tour de force théâtral

Et pour finir, saluons tout simplement l’ingéniosité de la mise en scène, depuis les jeux de flashback, jusqu’à la multiplication des plans (on se retrouve à la fin de la pièce avec, sur la même scène, la chambre de Maria, les loges et la scène du cabaret, chacun de ces lieux fonctionnant sur un système-temps différent, permettant d’exprimer la simultanéité des actions qui se déroulent en de multiples endroits !).

Madgara -Photos Officielles (Ichinose)

Par ailleurs, Yuzawa se plait à détourner les règles de la situation d’énonciation elle-même avec l’arrivée inopinée du « Samouraï », qui n’a rien à faire dans la pièce et s’est trompé de théâtre…

Attention, je ne dis PAS que Maria soit une révolution ni théâtrale, ni musicale! Je dis juste que c’est à mourir de rire, que les persos sont attachants, que le rythme est constant et que l’histoire sait garder sa cohérence au milieu des événements délirants qui s’enchaînent. Donc, quitte à passer 2 h 13 de sa vie devant un écran, pourquoi ne pas tenter de se jeter à l’eau avec celui-là ?

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Calci