Jab Tak Hai Jaan (Jusqu’à mon dernier souffle)

PAYS : Inde

ANNÉE DE PRODUCTION : 2012

DATE DE SORTIE : 21 novembre 2012

GENRE : Romance

DURÉE :177 min

REALISATEUR : Yash Chopra

ACTEURS : Shah Rukh Khan, Katrina Kaif, Anushka Sharma, Rishi Kapoor, Anupam Kher

DISTRIBUTEUR : Aanna Films

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Bollywood perd son père spirituel.

Ode romantique, ce dernier bijou permet au père de Bollywood de tirer sa révérence avec une grâce ultime et nous permet surtout d’affirmer la richesse d’un chemin de vie artistique de plus de cinquante-quatre ans et de bons et loyaux services rendus au cinema hindi. À 80 ans, le « Roi de la Romance » quitte la scène dans des circonstances brutales étonnantes (la dingue l’aurait achevé) laissant une grande majorité des acteurs indiens et le public orphelins. Car disons-le, Yash Chopra est et restera un « monument » de Bollywood.

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Réalisateur et producteur à succès, sa maison de production Yash Raj Films s’est imposée dans les années 70 par sa patte artistique romantique, où émotion et rêve ont primé. Découvreur de talents tels que Amitabh Bachchan et Shahrukh Khan pour les plus connus, il n’a cessé d’apporter au public un univers enchanteur, source de dépaysement et d’espoir pour tous.

Précurseur dans une industrie où offrir le premier rôle aux héroïnes s’avère une rareté dans des milieux aisés voire élitistes, il attachera une importance capitale aux musiques de ses productions qui deviennent des classiques aussitôt lancées. Favorisant l’émergence des tournages à l’étranger, notamment en Suisse, Yash Chopra n’en finit pas de pousser le cinéma indien vers l’évolution tout en protégeant les valeurs humaines primordiales. Le grand A.R. Rahman, compositeur très talentueux de son dernier film, a mentionné récemment que sans la présence de Yash Chopra dans sa vie, sa carrière n’aurait été complète, c’est peu dire…

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Fidèle à son label, Chopra saura constamment s’adapter à l’air du temps, s’identifiant aux attentes du public privilégiant rêve et évasion, primordiaux au moral d’un pays où révolte et pauvreté constituent le quotidien.

Deewaar (1975) sera un de ses premiers succès tant en tant qu’acteur que producteur. Cette production amorce un genre nouveau marquant les années 70-80 : le film social dénonce corruption et inégalités, reflet d’une société qui supporte mal les dysfonctionnements et l’autoritarisme de son gouvernement.

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Cependant Chopra, en grand romantique, n’hésitera pas à prendre un tournant à 180° pour revenir à ses premières amours artistiques. C’est ainsi qu’après ce premier succès, il offre à Amitabh Bachchan un rôle sur mesure aux antipodes de Deewaar et…Le succès frappe de nouveau à sa porte.

Bien que les années qui suivent s’avéreront moins fructueuses, l’émergence d’un nouvel acteur, sorti de nulle part, va relancer le label un peu à la ramasse après Chandni.

Darr offrira une première reconnaissance à l’acteur d’origine pakistanaise (nominé à l’époque aux Filmfare Awards dans la catégorie meilleur « méchant ») qui deviendra très rapidement une des égéries du label YashRaj.

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Le chiffre 7 porte-bonheur dans la collaboration Chopra/Khan ?

Comme pour confirmer ce bon choix, le tandem Chopra/Khan fonctionnera avec brio sur plus de 7 films tantôt réalisé par Aditya, (le fils prodige de Yash Chopra) tantôt par lui-même, qui s’avéreront des joyaux offrant les plus beaux rôles dans la carrière de l’acteur.

En effet, Shah Rukh Khan s’affirmera dans Darr (1993), explosera dans le célèbre Dilwale Dulhania Le Jahenge (1995) qui lui confèrera le rôle de l’amant éternel, le gendre parfait auprès du public. En 1997, Dil To Pagal Hai permet à SRK de recevoir le Filmfare du meilleur acteur de l’année.

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Avec Raj Aryan Malhotra de Mohabbatein(2000) il abordera la profondeur de jeu, avec Veer Pratap Singh (Veer Zaara – 2004), une crédibilité qui semblait lui manquer jusqu’alors en Occident ! Avec Surinder Sahni/Raj Kapoor dans Rab Ne Bana Di Jodi, il renoue avec les double-rôles pour la septième fois (sa première fois dans Baazigar en 1993) et redonne alors un souffle à sa carrière en se grimant.

Avec Samar dans Jab Tak Hai Jaan (titre hindi de Jusqu’à mon dernier souffle), Yash Chopra donne à SRK sa première scène de baiser dans un rôle romantico-musclé mettant en scène le couple Kaif/Khan.

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Au delà des carrières respectives de chacun, un sincère attachement a été confirmé tout au long de leurs années de collaboration et curieusement, la dernière interview du producteur a été réalisé par Shah Rukh Khan lui-même.

Un titre clairvoyant pour une romance inachevée

Impossible de ne pas rester dubitatif devant ce titre à la fois romantico-explicite pré-annonciateur de la disparition prématurée du producteur ! Car finalement, hormis le fait que le protagoniste principal, Samar, voue un amour fidèle à Meera, le titre semble prendre toute sa signification en coulisse plutôt que sous le feu des projecteurs du scénario. Cela ne reste qu’une impression dont je ne pouvais m’empêcher de vous faire part…

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Direction synopsis !

Samar Anand est un Indien émigré à Londres qui gagne difficilement sa vie comme serveur ou chanteur des rues. Il fait la connaissance de Meera, jeune femme très croyante, dont le père a fait fortune en Angleterre. Alors que Samar essaie d’aider Meera à surmonter ses anxiétés, les deux jeunes gens tombent amoureux mais la vie les sépare. Sarmar rentre en Inde où il s’engage dans l’armée. Plusieurs années plus tard, Akira, reporter à Discovery Channel, sillonne le Cachemire à la recherche d’un bon sujet quand elle entend parler de « l’homme qui ne peut mourir », c’est ainsi qu’elle rencontre Samar qui officie comme démineur. Celui-ci n’est pas insensible au charme de l’énergique et pétillante journaliste qui elle-même s’éprend du sombre officier…

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Sorti le 13 novembre 2012 en Inde, Jab Tak Hai Jaan marque le grand retour de Yash Chopra. Sa dernière réalisation lui attribue une aura symbolique lui conférant également une lourde responsabilité. On attend une romance de niveau ultime, peut-être au delà-même de ce que pouvait nous fournir Chopra.

Il nous laisse là ce sentiment d’œuvre inachevée que ni une scène de baiser ni la star SRK ne pourront élever au firmament des chefs-d’œuvre antérieurs du réalisateur. La principale force du film est son message : la croyance aveugle peut détruire une vie. Chopra rend hommage au libre arbitre et offre à son public un vibrant testament à ce titre.

Je vous le conseille car il intègre la formidable filmographie de l’empire Chopra, bien que je retiendrai les splendides Dilwale Dulhania Le Jahenge, Veer Zaara, Dil To Pagal Hai, Rab Ne Bana Di Jodi, Mohabbatein comme véritables perles du monstre sacré du cinéma indien.

Chapeau l’artiste !

Géraldine