[Interview exclusive] le réalisateur Sud-coréen Jang Jin

Si vous n’avez pas pu assister à la cérémonie d’ouverture du cycle Seoul Hypnotique et par conséquent à la projection en avant-première de Man On High Heels, pas de panique !! L’avant dernier film du réalisateur coréen JANG Jin, sera sur nos écrans courant 2016 pour l’été prochain grâce au distributeur Zootrope Films!

 

Ce réalisateur peu connu en France est une personnalité incontournable en Corée du Sud. Réalisateur, scénariste, metteur en scène, acteur… JANG Jin est une personnalité aux multiples facettes et a un talent unique qu’il dissimule sous un humour décapant.

Rencontre.

 

Est-ce que vous pourriez vous présenter à nos lecteurs ?

Vous voulez que je me présente ? Comment ?

 

Par exemple, bonjour je suis le réalisateur JANG Jin…

Bonjour, je suis le réalisateur coréen JANG Jin ! (rires)

 

C’est votre première fois à Paris, où vous venez présenter vos films (inédits en France) à l’occasion du cycle « Seoul Hypnotique ». Vos impressions?

J’ai déjà eu l’occasion de présenter mes films à Londres, en Italie et aux Pays Bas, donc j’ai l’impression d’être déjà présenté en Europe. Mais oui en France c’est la première fois.

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Vous avez plusieurs casquettes aussi bien au cinéma, qu’au théâtre ou à la Télévision. Y-a-t-il d’autres choses que vous aimeriez faire ?

Quand j’étais à la fac ma spécialisation était l’art dramatique car je voulais être acteur. Je me suis retrouvé réalisateur un peu par hasard. Mais si j’ai l’occasion de me remettre en forme et de me muscler un peu je pense que j’aimerais reprendre une carrière d’acteur. Mais au théâtre, pas au cinéma.

 

On vous décrit comme un réalisateur iconoclaste, qui se renouvelle souvent. Pensez-vous que cette description vous correspond ?

Depuis que je suis tout petit je n’ai jamais été intéressé par ce que les autres pensaient de moi. La manière dont les gens me définissent n’est pas importante pour moi. Quand j’ai commencé ma carrière j’étais l’un des plus jeunes à débuter à la fois au cinéma, au théâtre et à la TV. Les médias m’ont alors encensé en parlant de la naissance d’un génie et moi je me disais « Mais de quoi ils parlent ? » (Sourire)

Je n’ai jamais vu ce que je faisais comme quelque chose d’exceptionnel et je ne comprenais pas comment les gens pouvaient me qualifier de telle ou telle façon alors que moi, je me connais mieux qu’eux.

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Qu’est-ce qui vous inspire pour vos films ? Quand vous travaillez un scénario ?

Je n’y pense pas vraiment au moment où je fais mes films mais je dirais que je suis influencé par les gens. Les gens que je connais, que j’apprends à connaître, la relation que j’ai avec les gens qui m’entourent, et la vie de tous les jours.

 

Avez-vous un casting idéal pour un prochain film ? Des acteurs avec qui vous aimeriez travailler ?

Je n’ai pas de casting idéal en tête. Il y a beaucoup de bons acteurs en Corée. Un casting idéal… (Songeur) Non ça dépend vraiment de l’œuvre et des personnages à incarner. Je dirais cependant qu’il y a des rôles qui doivent, à mon avis être joués par des acteurs inconnus du public.

 

Pouvez-vous nous parler de vos futurs projets ? Cinéma, théâtre ou télévision ?

En ce qui concerne mes prochains films ça ne sera pas avant 2 ans parce que j’ai d’autres projets sur lesquels je travaille. Mais ça sera sûrement un film d’époque (Joseon) avec l’arrivée d’ovnis. Donc un film de science-fiction en costume !

 

Le film qui va ouvrir le festival est Man On High Heels. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Pour ce film je n’ai pas voulu traiter un sujet en particulier. J’avais un ami très proche qui était comme le héros. J’ai juste voulu mettre en scène ce personnage de façon cinématographique.

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Dans le film le héros (joué par CHA Seung-Won) est plutôt bien accepté. Qu’en est-il de la réalité, la société coréenne a-t-elle évoluée ? 

Spoiler

En fait les coréens sont très attachés à l’Homme et au côté humain dans leur façon de traiter les gens. Mais si on prend la Corée en tant qu’entité notre société reste essentiellement basée sur les principes, les droits et les règles. Ceux qui sont en dehors de ces règles ne sont pas acceptés.

 

La scène d’action (utilisée pour le trailer du festival) est impressionnante. En combien de temps l’avez-vous tournée ?

La scène la plus longue à tourner n’a pas été celle avec le parapluie. Ça nous a pris… Une demi-journée ? C’est la scène d’introduction dans le bar, qui a pris le plus de temps. On a mis 4 jours en tout et la nourriture était pourrie après 2 jours !! Alors on a dû tout changer pour continuer à tourner (rires)

La distance à parcourir pour CHA Seung-Won devait être de 6 mètres environ et tous les jours on tournait 1 mètre…  (Soupire) c’était vraiment la scène la plus difficile à tourner. (Rires)

 

Il y a beaucoup de scènes avec de la pluie et des parapluies. Y-avait-il un effet dramatique recherché ?

Pour la scène d’action sous la pluie je n’ai pas cherché à rendre un effet particulier. Il pleut. Je ne veux pas être trempé…Donc j’ai un parapluie. Si on se bat alors qu’il pleut et qu’on ne veut pas être mouillé… on se bat avec son parapluie. C’est comme ça que j’ai imaginé cette scène. Il (CHA Seung Won) ne veut pas être mouillé par la pluie donc il se bat avec son parapluie ! (rires)

 

J’ai trouvé le personnage du procureur très charismatique pour un personnage secondaire. Etait-ce voulu ?

Le personnage du procureur n’est pas hors du commun pour le public coréen. En Corée les procureurs qui sont spécialisés dans les affaires de gangs se doivent d’être forts et imperturbables. Au point où eux aussi deviennent un peu gangster parfois.

Ça me fait penser ! Il y a une histoire à propos de l’acteur qui a joué le procureur. (rires) On est très proches, il est comme mon frère alors il m’a proposé de faire une participation exceptionnelle, non rémunérée. Je lui avais dit qu’il devrait venir tourner juste 2 fois et faire une apparition très brève. Mais quand il est arrivé sur le tournage son personnage avait déjà 4 pages de dialogues et une scène d’action contre 8 gangsters. (rires) Pour me faire pardonner, je lui ai payé à boire. (rires)

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Comment travaillez-vous avec vos acteurs en général ? Est-ce qu’ils ont l’occasion d’improviser parfois ?

Je fais beaucoup de répétitions. Des répétitions avec le scénario puis d’autres où les acteurs sont libres d’improviser. Une fois qu’on s’est mis d’accord sur ce qui va être dit, je leur demande de s’y tenir. A la lettre près. Sur le tournage je suis très maniaque, vraiment !

 

J’ai lu que CHA Seung-Won est l’un de vos acteur fétiche et que vous ne vouliez personne d’autre pour ce rôle ?

C’était pour moi, l’acteur idéal pour ce rôle alors je lui ai envoyé le scenario. Il l’a lu et il a dit que ça lui plaisait, sauf quelques scènes qu’il ne comprenait pas ou qui le gênait. On en a discuté longuement pour finir par tomber d’accord sur une version qui nous convenait à tous les deux.

 

Deux autres de vos films seront projetés pour la première fois. Guns & Talks et Good Morning President. Quel genre de film est Good Morning President ?

C’est un film que je qualifierais de chaleureux et naïf, mais pas dans le mauvais sens du terme. Comme je ne dénonce pas de pouvoir particulier je dirais que c’est un film que j’ai fait pour moi.

Pour Guns and Talks…C’est un film que j’ai fait il y a plus de 15ans ! Pour être honnête je ne m’en souviens plus trop. Je remercie le festival de l’avoir programmé pour que je puisse le revoir. (rires)

 

Pour préparer cette interview j’ai pu voir vos films en avant-première. Il y a un trait commun à vos personnages qui en ressort. Ils ne sont ni bons ni mauvais et ont parfois leur propre vision de la justice.

Les personnages ne sont ni bons ni mauvais ? (songeur) C’est vrai. Dorénavant je vais faire en sorte que ça soit un peu plus « noir et blanc ». En fait non ! Ce style est très bien comme ça, c’est plus réaliste./ Vous trouvez pas ? (rires)

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Comment présenteriez-vous le « Style JANG Jin » à des gens qui ne vous connaissent pas ?

Pour me définir il faudrait parler en terme cinématographique. Ce que je peux dire c’est qu’il faudrait essayer de faire abstraction du genre. On a toujours une sorte de préjugé ou d’attente. Quand on qualifie un film, de film d’action ou de thriller on se dit « Ah ! Il va y avoir de la violence et du suspense » Justement non ! Il faudrait que les gens passent complètement à côté de ça. Qu’ils ignorent complètement le genre pour pouvoir peut-être, mieux apprécier mes films.

Merci à Diana-Odile LESTAGE, attachée de presse du Forum des Images qui a permis cette interview et à la traductrice YeJin KIM.

Emilie N.

Credits photos : ilaine.