[Interview Exclusive] John H. Lee

Le cinéma coréen nous a démontré depuis plusieurs années qu’il fait partie d’un des plus intéressants du monde, notamment grâce à des réalisateurs comme John H. Lee, qui nous a offert des films aujourd’hui cultes. Au milieu de ses projets en cours, il nous a reçus et a répondu à quelques questions.

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Bonjour, pouvez vous vous présenter?

 

Bonjour, je suis John H. Lee, je suis américain mais résidant en Corée. Je suis réalisateur, je fais notamment des films, mais également des publicités et des clips musicaux. J’écris aussi pour certains films. Je travaille actuellement en Corée, au Japon et en Chine.

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Avez-vous toujours voulu devenir réalisateur ?

 

À 13 ou 14 ans, j’ai commencé à faire de petits films avec mes amis. Cela m’a mené à la New York University Film School. Après l’université, j’ai commencé à travailler comme scénariste. J’ai écrit mon premier script à 26 ans, et j’ai eu mon premier job de réalisateur après ça. J’étais un enfant très curieux, je suppose que c’est comme ça que tout a commencé. Le chemin n’est pas forcément tout tracé, c’est aussi comme ça qu’on fait un bon film.

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Vous vous êtes fait connaître avec le culte «A Moment to Remember». D,où vous est venue l’idée de faire ce film ? Vous attendiez-vous à un tel succès ?

 

Beaucoup de gens pensent que c’est mon premier film, mais en fait, c’est le second. Il raconte comment une femme perd la mémoire, et comment son mari tente de vivre avec ça. Si vous aimez ce film, vous pouvez regarder mes autres films, sinon oubliez ce gars, John H. Lee (rires).

Je voulais travailler sur un film d’action après avoir fini mon premier film, mais j’avais du mal à trouver. Je perdais beaucoup de temps, et un ami m’a suggéré un film romantique. J’ai regardé le script et il était vraiment bon. Ce projet s’est fait grâce à beaucoup de choses : le script, les acteurs, le tournage aussi s’est bien passé… Tout coulait de source, une véritable découverte pour moi. Je n’avais jamais lude livres ou vu de films destinés à un public féminin, alors j’ai regardé plusieurs films ,dont «Love Letter» notamment qui m’a beaucoup inspiré. La plupart des films romantiques sont prétentieux, et je me suis rappelé des films de Kieslowski «Bleu, Blanc, Rouge» à propos des femmes, et de sa façon de traiter la partie philosophique. Il aime ses actrices, je ne sais pas s’il est tombé amoureux de toutes… Sur ce film j’ai pensé «pour réussir, il faut que je me fasse pleurer moi-même», alors j’ai cherché les choses qui me touchent, ça m’a permis de me découvrir.

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Un remake américain est d’ailleurs prévu. Êtes-vous impatient de voir cette version de votre œuvre ?

 

On m’a proposé de réaliser ce remake, et un de mes agents m’a demandé «Peux-tu faire une version américaine meilleure que l’original ?». J’ai répondu que je ne pouvais pas, je ne fais donc pas du tout partie de ce projet. Je le regarderai sûrement, ça peut être amusant, mais je veux aller de l’avant, je m’occupe de mes futurs projets avant tout.

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En 2010, vous nous avez montré une nouvelle facette de votre travail avec le film japano-coréen «Sayonara Itsuka». Pouvez-vous nous en dire plus sur celui ci ? Cela change-t-il de travailler avec une équipe japonaise plutôt que coréenne ?

 

C’est mon troisième film. «A Moment to Remember» a vraiment marché au Japon, il était numéro un au box office pendant un moment. Un ami m’a envoyé la traduction du livre, et je me suis dit que ce ne serait vraiment pas facile à transcrire à l’écran… et que donc c’était intéressant. Au final, il a fallu trois ans pour le faire, c’était vraiment difficile. Je suis américain-coréen, et c’était encore une autre culture à laquelle il a fallu m’adapter, c’était tout un apprentissage, des découvertes et une bonne expérience. Ça a aussi été beaucoup de souffrance. Si je pouvais, je le retravaillerais, mais j’aimerais travailler sur d’autres projets et d’autres cultures également.

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A peine quelques mois plus tard, sort votre blockbuster «71-Into the Fire», un film qui traite de l’histoire vraie de 71 étudiants qui ont dû se battre seuls lors de la bataille de Pohang. Pourquoi avoir choisi de traiter cette histoire ?

 

Ayant réalisé deux films romantiques, je voulais revenir à ce que je voulais faire à l’origine : un film d’action. J’ai donc cherché un nouveau projet, et un producteur m’a proposé ce projet de film sur deux événements célèbres de la guerre de Corée. Le délai était de 11 mois seulement, mon ami a demandé si on était capables de tenir une telle cadence. J’ai dit que nous devions le faire, mais que je voulais être en charge du script. Je l’ai écrit en un mois. Ce film est plein de drame, il retrace vraiment le climat et l’histoire de la guerre. On traite de la question des adolescents qui partent en guerre sans se poser de questions. Le problème est le même actuellement, en Afrique et ailleurs. Les enfants deviennent des bombes très jeunes. Voir comment T.O.P jouerait était beaucoup de travail aussi, mais une expérience vraiment intéressante et importante.

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Vous avez eu la chance d’avoir sur ce film un casting 4 étoiles, et la bonne ambiance semble avoir été de mise. Avez-vous des petites anecdotes sympathiques à propos du tournage ?

 

L’histoire se déroulait en août, mais nous avons tourné en hiver en Corée du Sud, de début décembre à avril. Il faisait vraiment très froid, lorsqu’on commençait le matin, les températures descendaient parfois jusqu’à -20°C, les acteurs pleuraient, de la buée sortait de nos bouches, ce qui n’est pas normal pour une scène censée se passer en été. On faisait en sorte de réchauffer tout le monde, mais c’était vraiment difficile. Dans la vraie histoire de la guerre de Corée, il y avait beaucoup de déserteurs. Dans le film, il y avait environ 70 enfants qui se battaient, mais tous les matins il y en avait de moins en moins. Ils s’enfuyaient à cause du froid, et on devait en engager d’autres. Dans l’histoire, ils s’enfuyaient parce qu’ils avaient peur, sur le film c’était à cause du froid… quand on y pense, je trouve ça ironiquement drôle.

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Quels sont les réalisateurs que vous admirez le plus ?

 

Truffaut, Kieslowski, Kubrick, Spielberg, Scorsese, et tant d’autres… J’aime vraiment le cinéma, alors je regarde énormément de films. L’année dernière, j’ai rencontré une de mes idoles, Steven Spielberg, j’étais si honoré. Et Tim Burton aussi, vraiment génial.

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Y a-t-il des acteurs ou des actrices coréens et internationaux que vous rêveriez de diriger ?

 

Vincent Cassel, j’aimerais travailler avec lui. Jean-Louis Trintignant aussi, j’aime aussi son travail. Monica Belluci, Isabelle Adjani, Sophie Marceau… Marion Cotillard, Eva Green, Juliette Binoche…

 

Et parmi ceux que vous avez déjà dirigés, y en a-t-il qui vous ont vraiment impressionné, au point de les vouloir dans vos prochains films ?

 

J’aime tous les gens avec qui j’ai travaillé et j’aimerais retravailler avec tous, je suis en bons termes avec tous.

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Quels sont vos futurs projets ?

 

Un projet en Chine, puis un film coréen action/romantique américain… Je travaille sur beaucoup de choses en même temps.

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Pour finir, pouvez vous laisser un message à nos lecteurs ?

(en français) «Je vous aime». J’aimerais aller en France et faire un film là-bas. J’aime le cinéma français et les femmes françaises évidemment. Je vais rencontrer des producteurs français très influents bientôt. J’ai beaucoup de respect pour la culture française et ses artistes, je suis vraiment heureux d’avoir fait cette interview. J’adore l’art français également, Debussy, Monet, Manet, Renoir… les acteurs français, Alain Delon, Isabelle Adjani, Vincent Cassel, ils sont vraiment géniaux. J’aime le vin français aussi, j’aimerais avoir un rendez-vous avec une française face à la Tour Eiffel.