HomeDrama !

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Diffusée en 2004, Home Drama est une série d’un genre particulier, un peu atypique dans le monde des jdramas, mais ces 11 épisodes n’ont rien perdu de leur force et posent toujours avec autant de pertinence une question que nous sommes tous amenés à nous poser un jour ou l’autre : celle du deuil et de la manière pour ceux qui restent de continuer à vivre, au Japon comme ailleurs.

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Scénario

Des touristes japonais se retrouvent dans un car pour visiter la Thaïlande. Il y a là Shougo et sa petite amie, une maman et ses deux grands fils, un petit garçon plus intéressé par sa gameboy que par les paysages, une jeune femme en pleine relation adultère avec son patron… bref, un groupe hétéroclite, et somme toute, banal de touristes.

Home Drama - Affiche Officielle

Jusqu’au moment où le car verse dans le fossé et dans l’enfer.

Sept personnes seulement sortiront vivantes de l’accident, chacune d’entre elles ayant perdu dans cette carcasse déglinguée, les êtres qui lui étaient les plus chers.

Home Drama - 1

De retour au Japon, chacun reprend son travail ou ses études, hanté par la solitude et l’impression d’être incompris.

Shougo qui habite désormais seul dans l’immense maison que sa compagne et lui avaient prévu de remplir d’enfants, leur envoie à chacun un courrier : « Si comme moi, vous ne parvenez pas à vous réadapter à votre vie, pourquoi ne pas venir tous vivre avec moi et tenter de réapprendre à vivre ensemble ? ».

Home Drama - 2

Les blablas de Calci, ou le pourquoi du comment vous devriez regarder

Le scénario de base nous annonce d’emblée la couleur : pas de situations rocambolesques, de contes de fées ou de retournements de situations haletants… Non, ici, on pleure. Cela dit, que vous aimiez pleurer devant votre écran ou pas, ne vous arrêtez pas à ce simple résumé de l’épisode 1 : c’est seulement là que les choses commencent !

Car il y a les dramas à la One Litre of Tears, où vous avez 11 épisodes pour vous attacher à un personnage qui mourra inexorablement à la fin de l’épisode 11 en vous laissant comme une fontaine sur votre canapé, et vous avez Home Drama, Aishiteru ou Yume no California, dans lesquels la tragédie intervient dès le premier épisode et permet aux 10 épisodes suivants de développer l’évolution des personnages qui cherchent à se reconstruire et à devenir plus forts et plus matures… Et ça, voyez-vous, c’est plus ou moins le but de la vie, non ?

Home Drama - 3

Je sais bien que beaucoup m’ont déjà objecté que s’ils regardaient des dramas, c’était justement pour s’évader de la « vraie vie » et pouvoir rêver à autre chose le temps de la série.

Personnellement, ma « vraie vie » n’est pas toujours rose non plus et j’admets que je peux aussi me caler avec plaisir devant un « CCD » (« Cinderella Complex Drama ») à la Hana Yori Dango et oublier pendant 495 minutes que je n’ai pas encore payé mes impôts, qu’il faudrait que je passe l’aspirateur et qu’il n’y a pas dans le métro parisien de messieurs aussi charmants que dans mon ordinateur… Seulement voilà, 495 minutes plus tard, j’ai peut-être des étoiles dans les yeux (« Finalement, moi aussi je pourrais rencontrer un beau-gosse/milliardaire/idol qui serait fou de moi ! ») mais je n’ai pas l’impression d’avoir profondément progressé dans ma vie…

Home Drama - 8 (domoto tsuyoshi)

Or voyez-vous, ça me turlupine quand même, ces questions de vraie vie, parce que, au fond, que je le veuille ou non… c’est ce que je vis, hein ! Alors de temps en temps, des dramas comme Home Drama, qui posent de vraies questions et tentent d’y répondre, je trouve ça bien aussi. Et au final, quand on me pose la fatidique question : « C’est quoi ton drama préféré ? », eh bien les dramas qui surnagent dans le vaste océan de ce que j’ai vu, sont quand même ceux grâce auxquels j’ai eu l’impression d’évoluer. Et sans que je puisse mettre le doigt sur ce qui a changé exactement, je sais que le « moi-d’avant » et le « moi-d’après » Home Drama ne sont pas les mêmes !

Home Drama - 7

Bref, avec tout ça… je ne vous ai pas encore parlé du drama lui-même, alors on va faire rapide (ce n’est pas que j’ai un nombre limité de caractères mais si !) en listant tout simplement les « bons points » de la série, qui justifient que vous vous décidiez à la regarder.

Home Drama - 5

Saluons donc tout d’abord la justesse et le réalisme du scénario : on pouvait s’y attendre de la part d’un scénariste comme Okada Yoshikazu (Beach Boys, Yume no California…), mais tout de même, j’étais un peu inquiète parce que le thème du deuil est un terrain glissant et qu’on aurait tout à fait pu tomber dans la mièvrerie et/ou le misérabilisme. Risque maîtrisé ici : chacun surmonte (ou pas, car c’est la vie aussi !) sa douleur et sa solitude à sa façon, mais jamais la caméra n’en fait trop et on ne verse ni dans le magazine à scandale ni dans l’apitoiement. Et pour avoir perdu des êtres chers, je ressens la réelle pertinence des questions que se posent les personnages, de « est-ce que j’ai le droit de rire alors que mon mari/père/frère/ami est décédé? » à « est-ce une trahison que de retomber amoureux ou de jeter des vieilles affaires? ». Ce qui nous amène à notre deuxième point : la psychologie très travaillée des personnages, chacun restant cohérent dans ses paroles, ses actions et son évolution au cours de l’histoire. Même les personnages moins présents comme le grand-père ont évolué de manière réaliste entre le premier et le dernier épisode. Cette progression s’opère à l’écran par la remarquable performance de tout le cast, du plus petit choubidou (Izumisawa Yuuki) au rhumatisant Ojiisan (Tamura Takahiro) en passant par Inoue Mao qui ne m’avait pourtant jamais marquée ailleurs comme potentielle grande actrice. Réactions, expressions, attitudes… l’ensemble sonne juste et nous offre un panel de personnages terriblement attachants dans leur « banalité ». Chapeau bas notamment à Domoto Tsuyoshi dans le rôle de Shougo, à Yusuke Santamaria en père de famille dévasté et à Ishida Ayumi en femme brisée réfugiée derrière un sourire trop grand pour être honnête…

Home Drama - 6

On terminera en relevant la superbe bande son (avec notamment « Alone Again » de Gilbert O’Sullivan et « Original Color » de Domoto Tsuyoshi, dont les paroles prennent tout leur sens dans le contexte du drama) et la réalisation léchée qui épouse l’évolution des personnages : après l’accident, la pellicule semble avoir perdu de ses couleurs et les mouvements de leur vivacité, lesquels reviendront progressivement à mesure que la vie reprend ses droits.

Calci.